Pour beaucoup de personnes c'est pouvoir être quelqu'un d'autre, pouvoir dire ce que l'on n'ose pas dire dans la vie réelle, à son voisin, à son conjoint (e), à ses amis. Pouvoir aussi et oser être une autre personne que celle que l'on est ou que l'on laisse transparaitre dans la société, dans la vie de tous les jours.
C'est aussi , sous une forme à peine cachée, dire ce qui est interdit de dire, ce qui n'est pas convenable de dire ou de faire dans notre vie courante. C'est peut-être aussi être vraiment soi-même, se révéler enfin, enlever tous les tabous.
Selon que l'on joue un personnage ou qu'on intègre totalement celui-ci, on est vraiment tout différent dans son interprétation. La peur de rentrer dans un personnage et de ne pas en ressortir facilement limite certains acteurs et de ce fait limitent leur interprétation et la réalité du personnage.
Pour moi, il est important de rentrer dans un personnage dicté par le metteur en scène et pouvoir ajouter une partie de soi-même, de son imagination, de sa fantaisie, afin de lui donner une dimension nouvelle, imprégné d'un peu de soi.
Quand je suis sur scène, j'ai l'impression que je suis enfin moi-même, que le personnage c'est moi et j'oublie mon mal de tête, mon mal de dos, la fatigue et les soucis de la journée ou de la semaine et rien ne compte plus que le moment vécu, comme si je vivais une autre vie, comme dans un rêve.
Lorsque j'ai joué le Père Jack, dans Danser à Lughnasa et que, quelques semaines après,
j'ai repris le rôle d'un autre ecclésiastique dans Monsieur Amédé, il est vrai que j'ai eu beaucoup de mal à me séparer du premier personnage, tellement celui-ci était attachant et que je m'en était imprégné. Que ce soit pour le Bourgeois Gentilhomme, dans Vacances de M. Viala ou dans Cyrano de Bergerac, j'ai toujours essayé de m'imprégner du personnage.
Le théâtre dit amateur ne veut pas dire un théâtre léger où l'à-peu-près-tisme doit être toléré et la rigueur réservée aux professionnels.
Le spectateur qui paye son billet a le droit d'avoir un spectacle ne lui faisant pas regretter d'être venu et d'avoir dépensé inutilement son argent . Le respect du spectateur passe par la qualité d'un spectacle, le sérieux et la conscience de l'interprétation.
Ne pas être prêt pour une représentation, ne pas connaitre parfaitement son texte et ne pas en être conscient, relève du non-respect du spectateur. Chose que je ne pourrais jamais faire. On doit être vraiment mal dans sa peau dans ces conditions-là.
Quel plaisir peut avoir un comédien qui entre sur scène et qui n'a qu'un désir : que la pièce soit finie? qui ne pense qu'à son texte en oubliant complètement le jeu? Ce comédien-là doit avoir le trac pendant toute la durée du spectacle. Pour ma part, le moment le plus difficile, le plus émotionnel c'est de rentrer dans le personnage avant d'entrer sur scène. Une fois sur les planches, je suis complètement décontracté, à l'aise, bien dans ma peau et j'éprouve énormément de plaisir à être là. Un autre danger c'est lorsque l'on sort de scène pour un moment et que l'on doit renter 15 minutes après. Là, il ne faut pas sortir du personnage en se déconcentrant, en plaisantant et décrocher ainsi de la pièce.
Autre problématique: comment apprendre son texte et comment se le rappeler dans la suite des actes? Plusieurs solutions peuvent s'ouvrir alors. J'apprends souvent mon texte avant et pendant la mise en place, dans la forêt, en répétant à haute voix, soit en marchant, soit assis sur un tronc d'arbre. C'est assez efficace.
Un ami comédien, lui, préfère, et je crois qu'il a raison, bien connaitre le personnage, son positionnement sur scène avant de commencer à apprendre le texte.
Pour le Bourgeois Gentilhomme je n'avais pas eu la possibilité d'apprendre le texte avant car je finissait une pièce difficile au niveau du texte. J'avais donc interprété le rôle de M. Jourdain en répétition, avec le livret à la main, et je savais parfaitement ce que le metteur en scène attendait de moi pour l'interprétation. Il m'a été d'une déconcertante facilité d'apprendre le texte en à peine deux petits mois.
Que de palabre me direz-vous !!!!
Je reviens après avoir écrit cela il y a 5mois . Je corrige les fautes et je trouve toujours les mêmes sensations les mêmes certitudes. Bon ok je publie.
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